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MAIS POURQUOI ACHETER UN CHEVAL À MON ENFANT ?

Ma fille fête aujourd’hui ses 16 ans, une étape charnière de la vie. Après un bon moment passé avec elle à regarder des photos et diverses babioles du temps où elle était petite, je me suis arrêtée pour constater que j’avais maintenant devant moi une jeune fille qui aurait bientôt des choix de vie à faire. Je voyais en elle à la fois l’athlète qu’elle était devenue et la femme déterminée qu’elle allait devenir.

Alors, me vinrent en tête l’image de certaines jeunes filles de notre petite ville, soit déjà enceintes, percées à plusieurs endroits, aux cheveux multicolores, décrocheuses ou toxicomanes, toutes engagées sur des voies sans issue, constamment à la recherche de nouvelles façades, faute d’estime d’elles-mêmes. Parfois, les parents de ces jeunes me demandent pourquoi je gaspille mon argent à acheter des chevaux pour que ma fille puisse monter. Combien de fois ai-je entendu « elle perdra l’intérêt en vieillissant! » ou « bientôt elle s’intéressera aux garçons et elle lâchera tout! ». On a maintes fois essayé de lui apposer l’étiquette de « lâcheur » souvent attribuée aux jeunes de cette génération. Mais au fond de moi, je suis convaincue malgré tout que ma fille aimera les chevaux et en possèdera toute sa vie.

Grâce aux chevaux, ma fille est capable de compassion. Elle sait qu’elle doit prendre bien soin des très jeunes comme des très vieux. Elle se sent responsable de s’assurer du bien-être de ceux qui ne peuvent exprimer leur douleur de vive voix.

Grâce aux chevaux, ma fille a appris à devenir non seulement responsable d’elle-même, mais aussi d’autrui. Elle sait que quelque soit le temps qu’il fait, elle doit s’occuper de ceux dont elle est responsable. Elle sait qu’il n’y aura pas de congé simplement parce qu’une journée elle n’a pas envie d’être propriétaire de chevaux. Elle sait aussi que derrière chaque heure de loisir, se cachent des jours de corvées à accomplir.

Grâce aux chevaux, ma fille a appris à ne pas avoir peur de se salir, puisque l’apparence n’a aucune importance pour la plupart des êtres vivants sur cette terre. Les chevaux se moquent bien des vêtements griffés, des bijoux, des belles coiffures ou de tout autre attirail destiné à impressionner la galerie. Ce dont se soucie un cheval, c’est plutôt que l’on prenne soin de lui dans son milieu naturel, peu importe si nous portons des jeans à 80 $ pour le faire.

Grâce aux chevaux, ma fille a appris comment la sexualité peut enrichir ou compliquer une vie. Elle a pu constater que ça ne prend parfois qu’une seule fois pour faire un bébé et que la seule façon de l’éviter, c’est de ne pas se reproduire. Elle a tout appris sur la planification, la conception, la naissance, et malheureusement même la mort. Elle a compris que parfois, des nuits blanches et un bon sens de l’observation des juments gestantes pouvaient nous permettre d’assister à un merveilleux évènement, généralement réservé aux propriétaires de chevaux, le miracle de la naissance.

Grâce aux chevaux, ma fille est consciente de la valeur de l’argent. Chaque dollar peut être transformé en botte de foin, en poche de moulée ou en visite du forgeron. En périodes difficiles, les achats inutiles peuvent parfois transformer de bons soins et une saine alimentation en négligence, voire même en famine. Elle a également appris à évaluer la qualité des soins qu’elle prodigue en se comparant à d’autres, et à s’assurer que la hausse de ses standards soit proportionnelle à l’approfondissement de ses connaissances.

Grâce aux chevaux, ma fille a pris l’habitude d’apprendre par ses propres moyens. Elle a eu des maîtres qui ne savaient ni parler, ni écrire, ni communiquer autrement que par le langage corporel et réactionnel. Elle a appris à inspecter son milieu afin de s’assurer qu’il soit sécuritaire en vérifiant si chaque élément présent représente un danger ou non, et en détectant tout danger potentiel là où la plupart des gens ne verraient qu’une simple prairie verdoyante. Elle a également appris à juger les gens comme les chevaux. Elle voit au-delà des apparences ce qui se cache en profondeur.

Grâce aux chevaux, ma fille est dotée d’un excellent esprit sportif. Tout individu honnête en compétition est gagnant. Bien sûr, les trophées et les rubans prouvent qu’un cavalier a gagné, mais ils ne signifient pas qu’il est un bon cavalier à part entière. Elle a compris que certains sont prêts à tout pour gagner, quelque soit le mal fait à autrui. Elle a réalisé que ceux qui trichent en concours tricheront aussi dans d’autres volets de leur vie et ne sont, par conséquent, pas dignes de confiance.

Grâce aux chevaux, ma fille possède une bonne estime d’elle-même et une personnalité avenante. Elle peut entamer n’importe quelle conversation avec confiance puisque la communication avec son cheval requiert bien plus que des mots. Elle connaît bien la satisfaction éprouvée lorsqu’elle contrôle un animal de 500kg qui cède volontairement à sa main, alors qu’il ignore la main excessive ou maladroite d’autres beaucoup plus forts qu’elle. Elle reflète assurance et professionnalisme en compagnie de ses pairs souvent plus âgés qu’elle.

Grâce aux chevaux, ma fille a appris à planifier. Elle est consciente que les choix qu’elle fait aujourd’hui peuvent avoir des répercussions cinq ans plus tard. Elle sait qu’elle ne peut faire fructifier ses investissements sans prévoir un coussin de sécurité sur lequel retomber au besoin. Elle connaît la valeur des terres et des bâtiments. Elle sait aussi que le bon entretien de son véhicule peut faire la différence entre un voyage facile et devoir faire le piquet sur l’accotement, une journée de canicule, avec une remorque à 4 chevaux à ses côtés.

En fin de compte, lorsque je fais le bilan de ce qu’elle a appris et de ce que cela lui permettra de devenir, je peux affirmer, en tout honnêteté, que je n’ai pas gaspillé un sous en lui offrant des chevaux. J’aimerais sincèrement que tous les enfants aient la même chance d’apprendre toutes ces leçons de vie au contact des chevaux afin de mieux cheminer vers leur vie d’adulte.

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